La production théâtrale suisse est très vivante, tant dans les théâtres dits “d’institution” que sur la scène indépendante. Un coup d’oeil au portail de théâtre suisse theatre.ch suffit à le constater: plus de 500 “scènes” sont enregistrées pour le territoire suisse.
Mais derrière le rideau, quelle est la situation des créateurs culturels ? La prévoyance sociale suisse est conçue principalement pour des emplois à durée indéterminée. Or le monde du spectacle est constitué de ce que l’Office des Assurances Sociales appelle des “travailleurs atypiques”. Les contrats sont de courte ou de très courte durée, plus encore dans le secteur de la danse contemporaine, et les changements d’employeurs fréquents sont la norme. Cela a pour conséquence que beaucoup de créateurs culturels, quelle que soit leur profession, échappent au filet social helvétique. La question de la prévoyance vieillesse est notamment dramatique car arrivés à l’âge de la retraite la plupart d’entre eux n’ont que l’AVS faute d’avoir pu cotiser à la LPP.
Avec la récente modification de l’ordonnance RAVS (amélioration de la sécurité sociale des agents culturels, art. 34d al.2 ), un petit pas a été fait dans cette direction. Mais la récente adoption par le Parlement de la 4ème révision de la Loi sur l’Assurance Chômage (LACI) aura elle des conséquences dramatiques pour l’ensemble du secteur des arts de la scène. Les trois associations signataires soutiennent le référendum qui devrait être lancé contre cette révision.
ACT (association professionnelle des créateurs du théâtre indépendant), SBKV (Schweizerischer Bühnen Künstler Verband) et le SSRS (Syndicat Suisse Romand du Spectacle) exigent que les lacunes dans la sécurité sociale suisse soient comblées pour les créateurs culturels et que les spécificités de ces professions soient prises en compte. Ces trois associations qui représentent les personnes qui travaillent dans les secteur des arts de la scène saisissent l’occasion de la Journée mondiale du Théâtre pour adopter un message commun.
Si tu ne viens pas à Lagardère…
Le SSRS tient dès janvier 2010 une permanence ouverte à la profession qui aura lieu en principe le jeudi matin de 10H00 à 14H00 (d’éventuels changements seront signalés sur le site). Elles seront pour vous l’occasion de poser toutes sortes de questions (contrat de travail, chômage, assurances sociales, LPP, statuts d’une association, permis de séjour, …) et pour nous d’essayer d’y trouver des réponses.
Elles seront logées au Grü les 2ème et 4ème jeudi de chaque mois et à l’Arsenic les 1er et 3ème jeudis de chaque mois.
Le SSRS se réjouit de vous rencontrer à une de ces permanences et remercie beaucoup beaucoup le Grü et l’Arsenic pour leur généreux hébergement!
Jacques Rouxel, le génialissime inventeur des Shadocks (© J.Rouxel), avait en une phrase merveilleusement décrit le thème de cette rubrique: “Tout ce qui va arriver, peut et doit être prévu.”
C’est pour cette raison que nous inaugurons cette nouvelle rubrique qui tentera d’apporter des débuts de réponses aux questions que l’on se pose souvent. Et c’est bien entendu vos questions et vos commentaires qui pourront continuer à la nourrir…
Éditorial de Yves Adam, Président du SSRS
Bonis par-ci
Débrouille-toi par-là…
Ou quelques chiffres qui confirment le besoin de revendiquer encore et encore…
Alors que chacun d’entre nous lâche certainement un râle très (trop?) discret entre ses dents au détour de la lecture d’un article ou d’une émission télévisée relatant l’odieuse attitude des dirigeants bancaires recevant malgré les erreurs de gestion et les chutes brutales des cours boursiers leurs bonifications ou leurs parachutes dorés bien mérités, d’autres chiffres nous sont assénés comme autant de gifles sur les acquis sociaux chèrement acquis durant des décennies.
Tout d’abord, et nous en avons déjà parlé ici, au pays des mois de cotisation de chômage, le nombre 12 semble devoir grossir tel le crapaud des contes de notre enfance pour exploser en un difficilement supportable nombre 18. Inutile de dire que cette nouvelle exigence va faire très mal à une grande majorité d’entre-nous.
Au pays « Où tout va bien et qui est épargné par tout », nous serions en droit d’espérer une protection sociale à la hauteur des gargantuesques bonifications déjà citées. Or il n’en est rien. Au contraire. Pour imaginer avoir droit (comme c’est le cas aujourd’hui) à une prestation de chômage de 400 jours ouvrables, si la loi était finalement acceptée et que nous ne réussissions pas à modifier les ordonnances en notre faveur, il faudra par exemple avoir à son actif 6 contrats de 2 mois et demi en deux ans!
Qui parmi nous a cette chance-là?
Il n’est pas temps d’écouter les sirènes du fatalisme ambiant. Nous pouvons agir tout d’abord en répandant la nouvelle et ses conséquences au-delà des cercles d’initiés.
Mais cela ne suffit pas.
Le Synd!cat se mobilise. Il fait activement partie de la “coordination romande des intermittents” contre la nouvelle LACI qui se réunit régulièrement afin d’échafauder intelligemment et sereinement mais avec force et conviction les stratégies adéquates pour d’une part maintenir les acquis actuels (maintien de la loi actuelle) et d’autre part trouver de nouvelles parades en cas d’entrée en vigueur de cette nouvelle loi , certainement en 2010 (action sur les ordonnances relatives à cette loi). Un grand rassemblement de tous les acteurs de la profession (initialement prévu au mois d’octobre) aura lieu cet hiver.
Votre Synd!cat vous tiendra régulièrement au courant de ce dossier.
L’autre chiffre est celui du taux d’intérêt minimum pour la LPP qui va passer de 2,75% à 2% en janvier 2009. Le conseil fédéral l’a annoncé très discrètement en plein milieu de la tourmente des marchés financiers.
Inutile de dire que le montant du deuxième pilier alloué au moment de la retraite va sensiblement baisser avec ce nouveau taux, d’autant plus que sur beaucoup de contrats que nous signons au fil de nos parcours professionnels, aucune participation LPP ne figure. Et cerise sur le gâteau, les partis de droite préparent apparemment un projet pour abaisser le taux de cotisation minimum de cette même LPP (qui est actuellement de 7,05% ou 7,10%).
Deux affaiblissements parallèles pour un même résultat: la paupérisation des retraité(e)s.
Il est donc plus que jamais nécessaire de réfléchir à la question de rendre la cotisation LPP obligatoire sur tous les contrats et ceci dès le premier franc versé pour assurer un revenu “décent” aux retraité(e)s des métiers du spectacle.
Actuellement, seuls les théâtres membres de l’UTR (Union des Théâtres Romands) sont obligés par la signature de la CCT de verser la contribution à la LPP (Artes & Comoedia pour les travailleurs du spectacle); cela représente une minorité des contrats signés en Suisse romande.
Je sais que beaucoup de nos membres qui sont à la tête d’une compagnie rechignent à verser cette LPP par le fait de budgets trop serrés. Je les comprends et ce débat doit avoir lieu de manière constructive parmi nous.
Cependant, le fait de ne pas verser ce pourcentage donne un mauvais signe aux divers subventionneurs car le vrai coût d’un spectacle est faussé.
Il faut avoir le courage de dire tout haut que telle ou telle subvention ne suffit pas à monter un spectacle si l’on veut que les travailleurs engagés le soient dans des conditions normales, c’est-à-dire comme dans tous les autres métiers avec une participation au premier pilier (AVS) ET au deuxième pilier (LPP).
Le Synd!cat mettra toutes ses forces pour que ce chemin devienne le chemin de la normalité.
Et jamais deux sans trois, le troisième chiffre que j’aimerais mentionner ici est celui de l’indexation des salaires: mot inconnu dans nos professions mais qui est d’actualité chaque fin d’année pour tous les autres secteurs de l’économie.
Cette année, et malgré la crise naissante, on parle d’une indexation moyenne des salaires de 1.5% à 3% pour janvier 2009.
Si l’on avait régulièrement indexé les salaires dans les professions du spectacle, le salaire minimum (les 3′800.– ou 4′000.– figurant dans la CCT depuis 10 ans) serait déjà de 4′300.–!
En maintenant le minimum syndical relativement bas, on donne là aussi un signe de satisfaction ne reflétant en aucun cas les sentiments réels que nous éprouvons au quotidien face à ces faibles salaires; et avec cela, le prix du lait reste le même pour tous!
Bref, il est temps de dire “ça suffit”, et de revendiquer plus, quitte à forcer le débat et à montrer les limites du système et les insuffisances de moyens.
Si un syndicat ne s’engage pas pour cela, qui le fera?
La route est longue mais passionnante…
…et nous n’y arriverons que si nous arrivons à parler nombreux et d’une seule voix!
Bien à vous!
Yves ADAM
Président du Synd!cat